L’hypertension, c’est quoi ? Les chiffres, les causes, les risques
Fiche 1 sur 4 — pour comprendre en quelques minutes ce qui se passe dans vos artères.
La tension artérielle en deux mots
À chaque battement, votre cœur envoie du sang dans les artères. Ce sang appuie sur la paroi des artères : c’est la tension artérielle. Elle est indispensable, comme la pression dans un tuyau d’arrosage. Le problème commence quand cette pression reste trop forte, jour et nuit, pendant des années.
Quand on vous annonce « 13/8 », il s’agit de deux chiffres :
- Le premier chiffre est la pression au moment où le cœur se contracte et pousse le sang. C’est le plus élevé.
- Le deuxième chiffre est la pression entre deux battements, quand le cœur se repose.
Les médecins comptent en millimètres de mercure. « 13/8 » veut dire 130 et 80. Les deux chiffres comptent : il suffit que l’un des deux soit trop haut pour parler d’hypertension.
Les seuils à retenir
- Au cabinet médical : on parle d’hypertension à partir de 14/9 (140/90), constaté à plusieurs reprises, lors de plusieurs consultations.
- À la maison, avec votre propre tensiomètre : le seuil est plus bas, 13,5/8,5 (135/85), parce qu’on est plus détendu chez soi.
Un seul chiffre élevé un jour de stress ne fait pas de vous un hypertendu. C’est la répétition qui compte.
Les chiffres en France
L’hypertension est la maladie chronique la plus fréquente en France. Et pourtant, c’est aussi l’une des plus discrètes.
- 1 sur 3adultes concernés, soit environ 17 millions de personnes
- 6 millionsde personnes hypertendues sans le savoir
- 1 sur 2hypertendus ignore qu’il l’est
- 1 sur 4seulement a une tension bien contrôlée
Voici ce que montrent les grandes études françaises de santé publique. Environ un adulte sur trois a de l’hypertension, soit à peu près 17 millions de personnes. Un hypertendu sur deux ne le sait pas : cela représente près de 6 millions de personnes qui vivent avec une tension trop élevée sans en avoir conscience.
Parmi ceux qui le savent, moins d’un sur deux prend un traitement, et seulement un hypertendu sur quatre a une tension revenue à la normale. Autrement dit, quatre millions de personnes sont soignées mais restent au-dessus des seuils. Enfin, ces chiffres ne s’améliorent pas : ils sont pratiquement les mêmes qu’il y a quinze ans.
Pourquoi on ne sent rien
C’est le point le plus important de cette fiche : la tension ne se ressent pas. On peut avoir 17/10 et se sentir parfaitement bien, aller travailler, faire du sport. Il n’existe pas de « sensation de tension ».
Certaines personnes ont parfois des maux de tête le matin, des bourdonnements d’oreille, des saignements de nez, de la fatigue ou des palpitations. Mais ces signes sont rares, ils arrivent tard, et ils ne sont pas fiables. Beaucoup de gens qui les ressentent n’ont pas d’hypertension, et l’immense majorité des hypertendus n’a aucun symptôme.
Conséquence pratique : le seul moyen de savoir, c’est de mesurer. Se sentir bien n’est pas une preuve que la tension est bonne.
D’où vient l’hypertension ?
Dans neuf cas sur dix, il n’y a pas une cause unique
C’est ce qu’on appelle l’hypertension essentielle. Elle s’installe lentement, avec l’âge, sous l’effet combiné de l’hérédité et du mode de vie. Les artères perdent en souplesse, elles deviennent plus rigides, et la pression monte. Il n’y a donc pas un coupable unique à trouver, mais plusieurs éléments sur lesquels on peut agir.
Dans environ un cas sur dix, il existe une cause précise
On parle alors d’hypertension secondaire. Elle est plus souvent recherchée quand l’hypertension apparaît avant quarante ans, quand elle est très élevée, ou quand elle résiste aux traitements. Les causes possibles sont :
- une maladie des reins ou un rétrécissement de l’artère qui les alimente ;
- un dérèglement hormonal, en particulier des glandes surrénales ou de la thyroïde ;
- des apnées du sommeil : des pauses respiratoires nocturnes, souvent accompagnées de ronflements et de fatigue au réveil ;
- certains médicaments et produits : anti-inflammatoires, corticoïdes, gouttes ou sprays pour le nez pris longtemps, certaines pilules contraceptives, cocaïne, et la réglisse, y compris dans les pastilles et le pastis sans alcool.
C’est pourquoi il est utile de dire à votre médecin tout ce que vous prenez, y compris ce que vous achetez sans ordonnance et les compléments alimentaires.
Ce qui augmente le risque
Certains facteurs ne se changent pas :
- L’âge. Le risque augmente régulièrement après cinquante ans. Après soixante-cinq ans, plus d’un adulte sur deux est concerné.
- L’histoire familiale. Avoir un parent, un frère ou une sœur hypertendu augmente nettement le risque.
- Le sexe et l’étape de la vie. Les hommes sont touchés plus tôt ; chez les femmes, le risque rattrape puis dépasse celui des hommes après la ménopause. Une hypertension pendant une grossesse annonce aussi un risque plus élevé plus tard.
Et d’autres, sur lesquels on peut agir :
- Le sel. C’est le facteur alimentaire le mieux démontré. Nous en mangeons en France près du double de ce qui est recommandé.
- Le surpoids, surtout le ventre. Chaque kilo en trop fait travailler le cœur davantage.
- Le manque d’activité physique. Rester assis toute la journée raidit les artères.
- L’alcool. Au-delà de deux verres par jour, l’effet sur la tension devient net.
- Le tabac. Chaque cigarette fait monter la tension pendant une trentaine de minutes, et surtout le tabac abîme la paroi des artères déjà mise à l’épreuve par l’hypertension.
- Le manque de sommeil, les apnées du sommeil et le stress prolongé. Une tension qui ne redescend pas la nuit est particulièrement nocive.
- Le diabète et le cholestérol élevé. Ils ne provoquent pas l’hypertension, mais associés à elle, ils multiplient les risques pour le cœur et le cerveau.
La bonne nouvelle : la moitié de cette liste dépend d’habitudes quotidiennes. C’est l’objet de la fiche suivante.
Ce qu’il faut retenir
- L’hypertension, c’est une pression trop élevée dans les artères, constatée plusieurs fois : 14/9 au cabinet, 13,5/8,5 à la maison.
- Un adulte sur trois est concerné en France, et un hypertendu sur deux l’ignore.
- Elle ne fait pas mal et ne donne presque jamais de signe : seule la mesure permet de la découvrir.
- Neuf fois sur dix, il n’y a pas de cause unique, mais des facteurs sur lesquels on peut agir : sel, poids, activité physique, alcool, tabac, sommeil.
Fiche suivante : prévenir, dépister, et faire baisser sa tension →
Sources
- Santé publique France — Épidémiologie de l’hypertension artérielle en France
- Bulletin épidémiologique hebdomadaire, 2023 — Épidémiologie de l’HTA en France (étude Esteban)
- Assurance Maladie (ameli.fr) — Symptômes et diagnostic de l’hypertension artérielle
- Haute Autorité de Santé — Prise en charge de l’hypertension artérielle de l’adulte