Se soigner : la réhydratation avant tout
Fiche 2 sur 4 : on ne « coupe » pas une gastro, on la traverse. Le seul vrai traitement consiste à remplacer l’eau et les sels que le corps perd, en attendant la guérison.
Chez le nourrisson : la solution de réhydratation, mode d’emploi
Chez le tout-petit, la référence est la solution de réhydratation orale (la SRO) : des sachets de poudre à diluer, vendus en pharmacie sans ordonnance, et pris en charge sur prescription pour les enfants de moins de 5 ans. Elle remplace à la fois l’eau et les sels minéraux perdus, ce que l’eau seule ne fait pas. À commencer dès les premières selles liquides, sans attendre.
- Respectez le mode d’emploi à la lettre : un sachet dans la quantité d’eau indiquée, exactement, et sans rien y ajouter (ni sucre, ni sirop, ni jus). Trop concentrée ou « améliorée », la solution aggrave les pertes au lieu de les compenser.
- En très petites quantités, très souvent : par petites gorgées ou à la cuillère, toutes les 5 à 10 minutes s’il vomit, puis à volonté, selon sa soif. Un biberon entier avalé d’un coup ressort souvent aussitôt ; les petites doses répétées passent.
- Si vous allaitez : poursuivez l’allaitement normalement, et proposez la SRO entre les tétées.
- S’il est au biberon : remplacez le lait par la SRO seule pendant 4 à 6 heures au maximum, puis réintroduisez le lait habituel, avec de la SRO entre les biberons tant que la diarrhée dure.
- S’il est diversifié : gardez ses aliments habituels, et de la SRO à volonté en plus.
- Surveillez : pesez-le, comptez les selles, les vomissements et ce qu’il boit réellement. La perte de poids est le meilleur juge (voir la fiche 3).
Chez l’enfant plus grand
Même logique, en plus simple : faire boire souvent, en petites quantités (la SRO reste utile s’il vomit), et le laisser manger dès qu’il a faim, normalement et léger. Priver un enfant de nourriture ne raccourcit pas la gastro.
Quand la SRO ne passe pas : les alternatives
Le principal obstacle à la SRO, c’est son goût. Bonne nouvelle : chez l’enfant de plus de 6 mois, peu ou pas déshydraté, une grande étude canadienne a montré qu’on fait aussi bien, et même un peu mieux, avec du jus de pomme dilué de moitié avec de l’eau, puis les boissons que l’enfant aime, diluées de la même façon : moins d’échecs, et moins de perfusions. L’idée n’est pas le soda pur, c’est la boisson coupée à moitié d’eau, que l’enfant accepte de boire. La SRO reste la référence dès qu’il existe des signes de déshydratation, et chez le tout-petit.
À défaut de sachets, il existe aussi une solution maison (recette officielle du ministère de la santé québécois) : 360 ml de jus d’orange non sucré, 600 ml d’eau bouillie refroidie, et une demi-cuillère à café de sel. Là encore, les quantités se respectent à la lettre.
L’astuce de la sucette : chez l’enfant qui vomit depuis des heures et ne garde rien, le corps, privé de sucre, se met à fabriquer de l’acétone, qui entretient elle-même les nausées : un cercle vicieux. Une sucette (type Chupa Chups), sucée lentement, fait passer un peu de sucre en continu avec la salive et aide à casser ce cercle, en attendant que les boissons repassent. Réservée aux enfants en âge d’en prendre une sans risque d’avaler de travers, et ce n’est pas une méthode de réhydratation : la SRO ou les boissons restent indispensables.
Chez l’adulte
- Buvez plus que d’habitude, et pas seulement de l’eau pure : le corps perd aussi du sucre et du sel. Alternez eau, bouillons de légumes salés et boissons légèrement sucrées. Chez la personne âgée ou en cas de vomissements répétés, la SRO en pharmacie est utile aussi, à petites doses fréquentes.
- Mangez lorsque vous en êtes capable, léger et en petits repas fréquents. Commencez par ce qui passe tout seul (soupe ou potage, yaourt, compote), puis revenez aux aliments solides : riz, pâtes, pommes de terre, semoule, carottes cuites, viandes maigres. Mettez de côté, provisoirement, crudités, fruits crus, légumes secs, céréales complètes et lait.
- Reposez-vous : la gastro fatigue, et l’arrêt de travail éventuel dépasse rarement 3 jours.
Les médicaments ? En appoint, pas plus
- Paracétamol si fièvre ou douleurs, en respectant les doses. Pas d’anti-inflammatoires de votre propre initiative (voir la fiche 4).
- Les ralentisseurs du transit (lopéramide) : chez l’adulte seulement, uniquement quand il faut absolument se déplacer, moins de 2 jours, et jamais en cas de fièvre, de glaires ou de sang dans les selles : ils retiennent le microbe dans l’intestin.
- Les antisécrétoires (racécadotril) diminuent les pertes sans bloquer le transit : demandez conseil au pharmacien.
- Les antibiotiques ne servent à rien dans la gastro virale, c’est-à-dire l’immense majorité des cas. Ils se justifient seulement quand une bactérie est identifiée, sur décision du médecin.
- Aucun traitement de la diarrhée ne se prend au long cours sans avis médical.
Le piège classique : se contenter de sodas. Très sucrés, sans sel, souvent gazeux : ils compensent mal les pertes et peuvent entretenir la diarrhée. Ils ne remplacent ni la SRO chez l’enfant, ni l’alternance eau-bouillon chez l’adulte.
Ce qu’il faut retenir
- Le traitement de la gastro, c’est la réhydratation : eau ET sels, en petites quantités répétées.
- Nourrisson : SRO dès le début, préparée en respectant le mode d’emploi à la lettre, petites gorgées toutes les 5 à 10 minutes s’il vomit, allaitement poursuivi, lait réintroduit après 4 à 6 heures, et pesée.
- Si la SRO ne passe pas, chez l’enfant peu ou pas déshydraté : jus de pomme ou boisson préférée coupés à moitié d’eau, et la sucette contre l’acétone quand les vomissements durent.
- Adulte : eau, bouillons salés, boissons un peu sucrées ; remanger quand on en est capable, en commençant par soupe, yaourt ou compote.
- Lopéramide : adulte, déplacements, moins de 2 jours, jamais si fièvre ou sang. Antibiotiques inutiles si viral.
Fiche suivante : les signes de gravité à surveiller →
Cette fiche est une information générale. Elle ne remplace pas l’avis de votre médecin, qui seul connaît votre situation. Ne modifiez jamais un traitement sans lui en parler. Si nécessaire, demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin. En cas d’urgence, appelez le 15.
Sources
- Assurance Maladie (ameli.fr), Diarrhée et gastro-entérite de l’enfant : que faire et quand consulter ?
- Assurance Maladie (ameli.fr), Diarrhée et gastro-entérite de l’adulte : que faire ?
- Assurance Maladie (ameli.fr), Gastro-entérite de l’adulte : consultation et traitement
- Freedman et coll., JAMA (2016), Jus de pomme dilué contre solution de réhydratation chez l’enfant peu déshydraté (essai randomisé)
- Gouvernement du Québec, Hydrater et réhydrater pendant une gastro