Trop de médecine peut nuire
Fiche 4 sur 4 : un examen ou un médicament n’est jamais anodin. Le bon soin, c’est celui qui vous apporte plus de bien que de mal.
La prévention quaternaire
C’est le niveau le moins connu de la prévention. Il a été proposé en 1986 par un médecin généraliste belge, et adopté en 1999 par la WONCA, l’organisation mondiale des médecins de famille. Son but : repérer les personnes exposées à un excès de médecine, les protéger d’interventions inutiles, et leur proposer des soins réellement utiles et acceptables. Le Haut Conseil de la santé publique le résume ainsi : protéger les patients des actes inutiles et de la surmédicalisation. C’est une version moderne d’un vieux principe médical : d’abord, ne pas nuire.
Plus de médecine ne veut pas dire meilleure santé
Au Canada, d’après le Collège des médecins du Québec, environ un examen, traitement ou intervention sur trois serait inutile. Or rien de tout cela n’est sans conséquence :
- Un examen n’est pas anodin : rayons, complications possibles, et surtout la découverte d’une petite anomalie sans importance, qui inquiète et entraîne d’autres examens, parfois plus lourds, sans bénéfice au bout.
- Un médicament n’est jamais sans effet : chaque traitement a des effets indésirables, et ils s’additionnent quand les médicaments s’accumulent, surtout avec l’âge (voir par exemple les somnifères). Un effet indésirable peut même être pris pour une nouvelle maladie, et soigné par un nouveau médicament : c’est la cascade médicamenteuse.
- Un antibiotique inutile ne soigne pas un virus, et rend les bactéries plus résistantes (voir la fiche sur les antibiotiques).
Cela ne veut pas dire qu’il faut refuser les examens ou les traitements : quand ils sont utiles, ils le sont vraiment. Cela veut dire qu’il faut choisir ensemble ce qui vous apporte plus de bien que de mal. Parfois, le meilleur choix est d’attendre en surveillant, quand il n’y a pas de signe d’alarme, ou de commencer par des conseils plutôt que par une ordonnance.
Les questions que vous pouvez poser
Au Canada, la campagne Choisir avec soin, portée par des médecins pour réduire les examens et les traitements inutiles, propose quatre questions à poser à votre médecin, ou à tout professionnel de santé :
- « Ai-je vraiment besoin de cet examen, de ce traitement ou de cette intervention ? »
- « Quels sont les côtés négatifs ? »
- « Y a-t-il des options plus simples ou plus sûres ? »
- « Que se passe-t-il si je ne fais rien ? »
Et si un nouveau symptôme apparaît alors que vous prenez déjà des médicaments, une cinquième question est utile : « Ce nouveau symptôme pourrait-il venir d’un médicament que je prends déjà ? »
Poser ces questions n’est pas un manque de confiance : elles aident à décider ensemble, et votre médecin les connaît bien.
Faire le point sur ses médicaments de temps en temps, surtout quand on en prend plusieurs, est une bonne habitude : certains ne sont peut-être plus utiles. Mais n’en arrêtez jamais un de vous-même : c’est une décision à prendre avec votre médecin.
Ce qu’il faut retenir
- La prévention quaternaire protège des examens et des traitements inutiles : d’abord, ne pas nuire.
- Plus de médecine ne veut pas dire meilleure santé : chaque examen et chaque médicament a ses risques.
- Les quatre questions de Choisir avec soin : en ai-je vraiment besoin, quels sont les côtés négatifs, y a-t-il plus simple ou plus sûr, que se passe-t-il si je ne fais rien.
- Faire le point sur ses médicaments avec son médecin, oui ; en arrêter un seul, non.
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Cette fiche est une information générale. Elle ne remplace pas l’avis de votre médecin, qui seul connaît votre situation. Ne modifiez jamais un traitement sans lui en parler. Si nécessaire, demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin. En cas d’urgence, appelez le 15.
Sources
- Collège des médecins du Québec, Soins utiles ou superflus ? 4 questions à se poser (Choisir avec soin Québec)
- Choosing Wisely Canada, Four questions to ask your health care provider (en anglais)
- Choisir avec soin, ressources pour les patients
- WONCA, organisation mondiale des médecins de famille, groupe de travail sur la prévention quaternaire (PDF, en anglais)
- Haut Conseil de la santé publique, Place des offreurs de soins dans la prévention (2018, PDF) : définition de l’OMS et les quatre niveaux de prévention