L’insomnie : la reconnaître, et chercher sa cause
Fiche 2 sur 4 : mal dormir une semaine après un souci, tout le monde connaît. Quand les mauvaises nuits s’installent, la question à poser n’est pas « comment dormir », mais « pourquoi je ne dors pas ».
De quoi parle-t-on ?
L’insomnie, c’est un sommeil insuffisant ou de mauvaise qualité (difficultés d’endormissement, réveils dans la nuit, réveil trop tôt le matin) qui retentit sur la journée : fatigue, somnolence, irritabilité, difficultés de concentration. Les deux conditions comptent : dormir 6 heures et être en pleine forme, ce n’est pas de l’insomnie, c’est un petit dormeur.
On distingue l’insomnie passagère, liée à un événement (contrariété, deuil, bruit, décalage), qui s’éteint avec sa cause, et l’insomnie chronique : des troubles plus de 3 nuits par semaine, depuis plus de 3 mois. Environ un adulte sur cinq se plaint d’insomnie en France. L’insomnie chronique, elle, mérite toujours une consultation : non pas d’abord pour un somnifère, mais pour chercher la cause.
Les causes qui se traitent
- Le mental, plus d’une fois sur deux : stress, anxiété, dépression. Les réveils à 4 heures du matin avec les idées qui tournent, la boule au ventre du soir : en parler en consultation, c’est traiter l’insomnie à la racine, et parfois découvrir une dépression qui ne disait pas son nom.
- Des maladies qui réveillent : douleurs, reflux acide, hyperthyroïdie, asthme nocturne, envies d’uriner répétées.
- Le syndrome des jambes sans repos : des impatiences dans les jambes le soir au repos, qui obligent à bouger ou à se lever. C’est un vrai diagnostic, avec de vrais traitements.
- Les apnées du sommeil : voir l’encadré ci-dessous.
- Des produits et des habitudes : café, thé et boissons énergisantes trop tard, tabac (la nicotine éveille), repas copieux le soir, écrans tardifs… et certains médicaments : si l’insomnie a commencé avec un nouveau traitement, dites-le, sans l’arrêter de vous-même.
- L’alcool, le faux ami numéro un : il endort vite, puis fragmente la nuit de réveils et aggrave ronflements et apnées. Le « petit verre pour dormir » entretient l’insomnie qu’il prétend soigner.
Deux signaux à ne pas laisser passer
- Ronflements forts avec des pauses respiratoires remarquées par le conjoint, sommeil non reposant, maux de tête au réveil, somnolence dans la journée : cela évoque des apnées du sommeil, qui fatiguent le cœur, font monter la tension, et se traitent bien.
- Somnolence au volant ou au travail : c’est un motif de consultation rapide, pas une simple gêne. On ne lutte pas contre le sommeil au volant : on s’arrête.
Anxiété et sommeil : un cercle qui s’entretient
L’anxiété et l’insomnie se nourrissent l’une l’autre. Le soir, quand le silence se fait, les soucis reprennent la place : le cœur reste vif, les muscles se crispent, on guette le sommeil, et c’est précisément ce qui le fait fuir. Puis la peur de « encore mal dormir » devient elle-même une inquiétude de plus. Résultat : plus on est anxieux, moins on dort, et moins on dort, plus on est anxieux. Ce cercle entretient bien des insomnies chroniques.
Quand c’est plus qu’un coup de stress : le trouble anxieux généralisé
Être inquiet avant un examen ou pendant une période difficile est normal. On parle de trouble anxieux généralisé quand l’inquiétude ne lâche plus prise. Pour le reconnaître, les médecins s’appuient sur des critères précis, ceux du DSM (le manuel de référence des troubles psychiques) :
- une inquiétude excessive, présente la plupart des jours depuis au moins 6 mois, qui porte sur plusieurs sujets (le travail, l’argent, la santé, les proches, l’avenir…) ;
- une inquiétude difficile à contrôler : on n’arrive pas à la mettre de côté ;
- au moins 3 de ces 6 signes : se sentir agité ou à bout de nerfs, se fatiguer vite, avoir du mal à se concentrer (ou des trous de mémoire), être irritable, avoir les muscles tendus, mal dormir (s’endormir difficilement, se réveiller la nuit, ou avoir un sommeil agité qui ne repose pas). Chez l’enfant, un seul signe suffit ;
- une vraie souffrance, ou une gêne dans la vie de tous les jours (au travail, en famille, avec les autres) ;
- et pas d’autre explication : ni un médicament ou une drogue, ni une maladie (par exemple une thyroïde trop active), ni un autre trouble psychique.
Ce n’est ni un manque de volonté, ni « un trait de caractère » : c’est un trouble reconnu, qui se soigne. Seul un professionnel peut poser le diagnostic : si vous vous reconnaissez dans ce portrait, parlez-en à votre médecin.
L’anxiété se soigne, et il y a plusieurs façons de le faire. La thérapie cognitive et comportementale (TCC) apprend à repérer les pensées d’inquiétude qui s’emballent, à les désamorcer, et à relâcher le corps (relaxation, respiration). Les antidépresseurs sont l’autre grand traitement du trouble anxieux généralisé : malgré leur nom, ils soignent aussi l’anxiété, agissent en quelques semaines et se prennent plusieurs mois. On les utilise seuls ou associés à la TCC, selon l’intensité des troubles et vos préférences, et le choix se fait avec votre médecin. Pour la TCC, le dispositif Mon soutien psy permet de consulter un psychologue partenaire, jusqu’à 12 séances par an prises en charge.
L’insomnie elle-même est une autre affaire : pour elle, le médicament n’est pas le traitement de première intention. Ce sont les mesures de la fiche 3 et la TCC de l’insomnie, de la même famille que celle de l’anxiété, qui passent en premier ; traiter l’une aide souvent l’autre. Quant aux anxiolytiques de type benzodiazépine, ils ne sont qu’un dépannage : 12 semaines au maximum pour l’anxiété, avec les mêmes risques de dépendance que les somnifères (voir la fiche 4).
Si l’angoisse devient écrasante
Si vous avez des idées noires, le sentiment de ne plus pouvoir tenir, ou si un proche vous inquiète : ne restez pas seul. Parlez-en le jour même à votre médecin, ou appelez le 31 14, numéro national de prévention du suicide, gratuit, 24 heures sur 24. En cas de danger immédiat, appelez le 15 ou le 112.
La consultation : venir avec son agenda du sommeil
Si vous dormez mal depuis plusieurs semaines, parlez-en à votre médecin, et plus tôt encore si vous mettez plus de 30 minutes à vous endormir presque chaque soir ou si la somnolence gâche vos journées. Pour préparer la consultation, rien ne vaut un agenda du sommeil : pendant une quinzaine de jours, notez chaque matin l’heure du coucher et du lever, le temps mis à vous endormir, le nombre de réveils, la qualité ressentie de la nuit, et en journée les siestes, le café, l’alcool, le sport. Ce simple relevé aide beaucoup le médecin, et il révèle souvent des surprises (des horaires très irréguliers, des nuits meilleures qu’on ne le croyait…).
Selon les cas, le médecin peut orienter vers un centre du sommeil, notamment quand il suspecte des apnées ou un syndrome des jambes sans repos : un enregistrement du sommeil (la polysomnographie) peut alors être réalisé, à domicile ou sur une nuit d’hospitalisation. Des capteurs enregistrent la respiration, le cœur, l’activité du cerveau et les mouvements : c’est indolore.
Ce qu’il faut retenir
- Il y a insomnie quand les mauvaises nuits pèsent sur les journées ; elle est chronique au-delà de 3 nuits par semaine pendant 3 mois.
- Plus d’une insomnie sur deux a une cause psychique (stress, anxiété, dépression) : c’est elle qu’on traite d’abord.
- Ronflements avec pauses, somnolence diurne, impatiences des jambes : des diagnostics précis à évoquer en consultation.
- Anxiété et insomnie s’entretiennent. Quand l’inquiétude est excessive, difficile à contrôler et présente la plupart des jours depuis au moins 6 mois, il peut s’agir d’un trouble anxieux généralisé, que la thérapie cognitive et comportementale et les antidépresseurs soignent, seuls ou associés. Pour l’insomnie, le médicament n’est pas le traitement de première intention.
- L’alcool du soir est un faux ami ; café, écrans et certains médicaments s’examinent.
- Avant la consultation, tenez un agenda du sommeil sur deux semaines : c’est l’outil le plus utile.
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Cette fiche est une information générale. Elle ne remplace pas l’avis de votre médecin, qui seul connaît votre situation. Ne modifiez jamais un traitement sans lui en parler. Si nécessaire, demandez conseil à votre pharmacien ou à votre médecin. En cas d’urgence, appelez le 15.
Sources
- Assurance Maladie (ameli.fr), Insomnie de l’adulte : définition et facteurs favorisants
- Assurance Maladie (ameli.fr), Insomnie de l’adulte : consultation et bilan médical
- eSantéMentale.ca (Québec), L’insomnie et les problèmes de sommeil
- Assurance Maladie (ameli.fr), Angoisse, anxiété et troubles anxieux graves de l’adulte
- Assurance Maladie (ameli.fr), Trouble anxiodépressif léger à modéré (psychothérapie de première intention, Mon soutien psy)
- American Psychiatric Association, DSM-5-TR (manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux, 2022), critères du trouble anxieux généralisé (site en anglais)
- Santé publique France, Sommeil : temps moyen et plainte d’insomnie, Baromètre 2024