Altitude et mal des montagnes
Le mal aigu des montagnes vient d’un manque d’oxygène en altitude. Il est fréquent, souvent bénin, mais peut évoluer vers un œdème du poumon ou du cerveau, qui met la vie en danger. Il se prévient presque toujours, en prenant le temps de monter.
Qui est concerné ?
Plus on monte, moins l’air contient d’oxygène. Le corps s’adapte, mais lentement, et ce délai ne peut pas être raccourci.
- Le mal des montagnes ne concerne pas que les grandes expéditions. Environ 15 % des personnes en souffrent dès 2 000 mètres. Au-dessus de 3 500 mètres, une personne sur deux est touchée, et une sur cent fait une complication grave.
- Les signes apparaissent 4 à 8 heures après l’arrivée en altitude. Un aller-retour en téléphérique ne suffit donc pas à le déclencher. Une nuit passée en altitude, si.
- Être bien entraîné ne protège pas : les meilleurs alpinistes ont le mal des montagnes, comme les meilleurs marins ont le mal de mer. Ce n’est pas un signe de faiblesse, seulement le signe que le corps ne s’est pas encore adapté.
- Les femmes sont autant touchées que les hommes. Les 18-25 ans et les personnes en surpoids sont plus souvent touchés.
- Certaines personnes y sont plus sensibles que d’autres. Si vous avez déjà eu un mal des montagnes, dites-le à votre médecin.
Avant de partir
- Au-dessus de 2 500 mètres, une excursion ou une randonnée demande un avis médical spécialisé avant le départ.
- La haute altitude, au-delà de 2 000 à 2 500 mètres, est déconseillée au nourrisson. Avant 1 an, le risque de mort subite est élevé au-dessus de 1 600 mètres.
- Chez l’enfant, le risque est le même que chez l’adulte. Avant 3 ans, les signes sont moins nets : l’enfant est grognon, mange moins, est abattu ou dort mal.
Monter sans tomber malade : les règles d’or
- Ne montez pas trop vite, trop haut. Au-dessus de 3 000 à 3 500 mètres, l’altitude où vous dormez ne doit pas augmenter de plus de 300 à 500 mètres d’une nuit à la suivante (400 mètres en moyenne). Exemple : première nuit à 3 500 mètres, deuxième à 4 000, troisième à 4 300.
- Montez haut, mais dormez bas. Passer un col dans la journée puis redescendre dormir plus bas aide à s’adapter, à condition de ne pas forcer. Prévoyez une journée de repos tous les 3 ou 4 jours.
- Évitez les efforts intenses en début de séjour, et à chaque nouvelle altitude. En altitude, l’effort fait baisser l’oxygène dans le sang : au sommet du mont Blanc, arriver en courant revient à se retrouver 2 000 mètres plus haut.
- Ne restez pas trop haut trop longtemps. Au-delà de 5 000 à 5 500 mètres, le corps s’épuise, et un long séjour augmente le risque de complications graves, même chez une personne bien adaptée.
Autres règles tout aussi importantes :
- Buvez beaucoup, assez pour que vos urines restent claires. Plus on monte, plus c’est important, et plus c’est difficile.
- Faites une pause de 5 minutes toutes les 30 minutes de marche, pour récupérer, boire et respirer.
- Protégez-vous du froid, et mangez suffisamment.
- Ne dormez pas seul en haute altitude.
Les meilleurs signes d’une bonne adaptation : pas de mal de tête, un bon appétit, un bon sommeil.
Les « 4 hypos » à éviter en altitude : hypoxie (manque d’oxygène), hypoglycémie (manque de sucre), hypothermie (manque de chaleur), hypohydratation (manque d’eau).
Le médicament préventif
Un médicament, l’acétazolamide, réduit de moitié le risque de mal des montagnes. Il aide le corps à s’adapter plus vite, surtout pendant le sommeil. Il est délivré sur ordonnance.
- Il est utile aux personnes déjà sensibles au mal des montagnes, et quand on ne peut pas monter lentement : arrivée en avion à La Paz, à Leh ou à Lhassa, ascension rapide du Kilimandjaro ou de l’Aconcagua, par exemple.
- Il n’est pas utile si vous supportez normalement l’altitude et respectez les règles d’acclimatation, ce qui est le cas de la plupart des trekkings au Népal.
- Il se commence 2 jours avant l’arrivée en haute altitude. Il se poursuit 2 jours après avoir atteint le point le plus haut, si l’on ne redescend pas rapidement.
- Il faut boire beaucoup pendant tout le traitement.
- Il ne soigne pas un mal des montagnes déjà installé : le commencer à ce moment-là ne sert à rien. Il ne protège sans doute pas non plus des complications graves. Les règles d’acclimatation restent donc indispensables.
- Il ne convient pas aux personnes allergiques aux sulfamides. Parlez-en à votre médecin.
- Effets gênants possibles : picotements autour de la bouche et au bout des doigts (à ne pas confondre avec des gelures), goût désagréable des boissons gazeuses, vue qui baisse chez les myopes (réversible), coliques néphrétiques.
Reconnaître le mal des montagnes
Règle de base : en altitude, tout malaise doit d’abord être considéré comme un mal des montagnes. Un mal de tête n’est pas forcément le soleil, des nausées ne sont pas forcément la nourriture, une insomnie n’est pas forcément l’inconfort du refuge.
On a tendance à cacher ses symptômes, par peur de passer pour faible ou de ralentir le groupe. Dans un groupe, désignez une ou deux personnes chargées de demander régulièrement à chacun comment il va.
Le score ci-dessous permet d’évaluer la gravité, même sans être médecin. Additionnez les points de tous les signes présents.
| Signes | Points par signe |
|---|---|
| Mal de tête, insomnie, nausées ou perte d’appétit, sensation de vertige ou de « tête dans du coton », gonflement des yeux, du visage (le matin), des mains ou des chevilles | 1 point |
| Mal de tête qui ne passe pas avec un antidouleur, vomissements | 2 points |
| Essoufflement au repos, fatigue anormale ou très intense, urines beaucoup moins abondantes | 3 points |
Que faire ?
| Score | Que faire |
|---|---|
| 1 à 3 : mal des montagnes léger | Un antidouleur simple (paracétamol ou aspirine), en respectant la notice. Si les signes s’estompent, vous pouvez continuer à monter, plus lentement. S’ils persistent, arrêtez-vous jusqu’à ce qu’ils diminuent. |
| 4 à 6 : modéré | Arrêtez de monter. Reposez-vous à la même altitude, avec un antidouleur, jusqu’à ce que les signes disparaissent. |
| Plus de 6 : sévère | Redescendez immédiatement, ou utilisez un caisson de recompression. 500 mètres de moins peuvent suffire. Ne remontez qu’après la disparition complète des signes : les rechutes sont fréquentes, et le moindre nouveau signe impose d’arrêter définitivement l’ascension. |
Si les signes s’aggravent, redescendez jusqu’à ce qu’ils disparaissent. Ils s’améliorent dès que l’on redescend. Si le séjour en altitude est court ou la descente proche, un mal des montagnes léger ne fait que gâcher une nuit ou une journée. Si l’ascension continue, il faut absolument finir de s’adapter avant de monter plus haut.
Idée fausse : en cas de gonflement (œdème), il ne faut surtout pas arrêter de boire, ni prendre un diurétique.
Les deux complications graves
Sans descente rapide, elles sont mortelles une fois sur deux. Ce sont les premières causes de décès en trekking et en expédition.
L’œdème pulmonaire de haute altitude
Il survient surtout dans les 3 jours qui suivent une arrivée rapide vers 4 000 à 5 000 mètres, souvent la nuit, après une journée d’effort intense, et souvent chez des personnes jeunes et en bonne santé.
- Sensation d’étouffement, respiration bruyante, même au repos.
- Toux, d’abord sèche, puis avec des crachats mousseux, parfois rosés.
- Lèvres et oreilles bleutées, fatigue majeure. Une fièvre ou une toux sèche peuvent faire croire à une bronchite.
- Si vous avez un oxymètre de pouls (petit appareil qui se place au bout du doigt), l’oxygène dans le sang est bas.
Il est favorisé par une montée trop rapide, l’effort intense, le froid, le manque d’eau (attention à la diarrhée) et une infection des bronches. Le risque est plus grand chez ceux qui en ont déjà fait un.
L’œdème cérébral de haute altitude
C’est souvent un mal des montagnes qui s’aggrave, en général entre 4 000 et 5 000 mètres :
- mal de tête violent, qu’aucun médicament ne calme ;
- vomissements, parfois brutaux, en jet ;
- grande lassitude, changement d’humeur (tristesse, irritabilité, agressivité) ;
- difficulté à tenir debout, vertiges, troubles de l’équilibre, comportement bizarre ;
- hallucinations, troubles de la vue ;
- puis somnolence, et rapidement coma.
Attention : le mal de tête peut manquer. Une grande lassitude, des troubles de l’équilibre ou un changement de comportement doivent suffire à alerter.
Dans les deux cas : descendre, tout de suite
- Descendez d’au moins 1 000 mètres, le plus tôt possible, avant que la personne ne puisse plus marcher.
- Donnez de l’oxygène si vous en avez.
- Si la descente est impossible (météo, terrain), utilisez un caisson de recompression portable s’il y en a un : il permet ensuite de redescendre dans de meilleures conditions.
- Appelez les secours dès que possible.
- Après un œdème cérébral, ne remontez pas avant plusieurs semaines, même si vous vous sentez guéri : la rechute est fréquente et grave.
Le caisson de recompression portable
C’est un sac étanche dans lequel on allonge le malade, et que l’on gonfle avec une pompe. Il fait « redescendre » de 2 000 à 3 000 mètres. Il est recommandé pour tout séjour de plusieurs jours au-dessus de 4 500 mètres, surtout si redescendre un malade peut être difficile.
- Une séance dure 1 heure, renouvelable, jusqu’à ce que le malade puisse redescendre à pied.
- Isolez bien le malade du froid (un sac de couchage est idéal), tête surélevée. À l’ombre sur la neige, la séance est glaciale ; au soleil, c’est une étuve.
- Pompez jusqu’à l’ouverture des valves de sécurité, puis continuez 5 à 10 coups par minute pour renouveler l’air.
- Entraînez-vous avant le départ : connaître le matériel fait gagner un temps précieux.
Pour les professionnels de santé
- Acétazolamide (HCSP) : 125 mg matin et début d’après-midi (250 mg par prise au-delà de 80 kg) ; chez l’enfant, 2,5 à 5 mg/kg/j en 2 prises, maximum 125 mg par prise. Début 2 jours avant l’arrivée en haute altitude, poursuite 2 jours après le point culminant si la descente n’est pas rapide. Allergie croisée avec les sulfamides dans 10 % des cas.
- En cas de contre-indication (HCSP) : dexaméthasone 4 mg deux fois par jour.
- Œdème pulmonaire : les inhibiteurs calciques (nifédipine, nicardipine) et les inhibiteurs de la PDE5 (sildénafil, tadalafil) semblent efficaces (FFME) ; la nifédipine précoce améliore nettement l’état du malade, au prix d’un risque d’hypotension (J.D. Wagner).
- Œdème pulmonaire et cérébral : injection de corticoïdes la plus précoce possible (FFME), à dose suffisante, d’où l’intérêt de kits prêts à injecter dans la trousse (J.D. Wagner) ; la voie injectable s’impose en cas de vomissements.
- Œdème cérébral : le caisson y est moins bien évalué, à réserver à l’impossibilité de descendre, avant le coma (J.D. Wagner).
Sources
- HCSP, Recommandations sanitaires aux voyageurs 2026, § 7.4 « Excursions et randonnées en altitude », p. 137.
- Fédération française de la montagne et de l’escalade (FFME), commission médicale, « Le mal aigu des montagnes » (source Santé altitude, en partenariat avec l’ARPE).
- J.D. Wagner, « Le mal des montagnes ou mauvaise adaptation à l’hypoxie d’altitude », document d’information grand public.